Deux kangourous devant la véranda

Dans les années 80, on s'ennuyait fermement au théatre. Cela faisait partie de ce que l'on pouvait éprouver sans la moindre gêne dans nos vies fracassées. Heureusement, il restait les déclamations, mais ce nouveau genre de spectacle se passait de la moindre historiette. La surprise s'accomplissait avec les mystères de l'Orient,lorsque, alléchées par les titres du style : « La Grande Muraille de Chine », nous découvrions l'histoire des premiers chrétiens au Canada. Le personnage principal finissait (ou commençait) toujours par s'exclamer : - « Que vois-je ici paraître ?! »Et ensuite, rideau ! Je prenais très vite la fuite vers la lagune pour écouter le chant des sirènes. Elles communiquaient librement sans se préoccuper du vacarme occasionné par les vagues,et en observant l'écume, je parvenais enfin à maitriser ma plume et mon pinceau pour songer aux radieux lendemains.

Tragédie follement contemporaine,
D´après le livre de Juan-Anton Bola
Qui signe également la mise en scène.

Ce dramaturge est une valeur sûre chez les initiés et les critiques,
Dont certains voient en lui le maître du parasymbolisme diurétique.


Mais voilà, le rideau se lève, le décor symbolise un trou béant,
Et longtemps la vision du vide alterne avec la vision du néant.


Mais enfin de la fosse d´orchestre grimpe le héros, en plein désarroi,
Il est dépourvu de paroles et dévêtu, cela va de soi.
Puis il crie: "Ah! qui vois-je ici paraître?", ces mots-là ont un redoutable impact.


La question pèse lourdement sur le public et ainsi finit le premier acte.

Et tous ceux qui raffolent de culture et bouillonnent d´érudition
Apprécient, dans l´acte premier, la verve ainsi que la densité de l´action.

Mais cruellement le rideau se lève, le drame continue sans pitié.
Le héros s´est effondré, mystiquement, et il tient des propos orduriers.


Quand le destin inexorable lui envoie une espèce de grosse fée
Les deux font quelques galipettes, ensuite, ils crachent sur la Société.


"Bravo! Une autre!" hurle un critique, ému, profondément bouleversé,
Car il retrouve dans le drame ses fantasmes et ses envies refoulées.


Pendant ce temps on voit un traitre s´approcher du couple en rampant,
Mais il s´endort à mi-chemin et certains spectateurs en font autant.


Le héros prend un grand sac en plastique et il emballe le traître penaud
Et il arrose le tout de peinture orange... Ainsi finit le second tableau.


Et tous ceux qui raffolent de culture et aiment l´apocalyptique
Apprécieront, dans le second acte, un profond message socio-critique.

Le troisième acte amène la métamorphose du traître bien emballé.
Le suspens est insupportable et l´atmosphère est survoltée.


La métamorphose se fait dans ce sac, et le silence le plus total...


Heureux ceux qui ont amené leur casse-croûte ou bien un thermos dans la salle.


Arrive un chœur masqué qui scande "pitié! mais on va s´enrhumer".
Ils auraient pu mieux se couvrir car le théatre est subventionné!


En zigzaguant, surgit le Pape, et danse à l´apogée dramatique
Un pas de deux, avec le héros et c´est le dénouement tragique.


Quand le Pape comprend que le héros n´est nul autre que son impresario
Il menace d´ôter ses vêtements mais là, par pitié, tombe le dernier rideau.


Et tous ceux qui ne seraient pas en train de paisiblement s´ennuyer,
Ce sont des insomniaques incurables ou des abonnés qu´on a couillonné

Au théâtre ce soir:

Commentaires

21.03 | 12:49

Heureuse de découvrir votre site. Il me plaît.
Hilda Damman

...
11.08 | 16:48

Alors,alors..Pourquoi donc tous ces points d'interrogation?Qui donc peut bien être aussi admiratif???Ah oui, je crois avoir trouvé!

...
11.08 | 16:12

Et merci à toi pour les ajouts récents sur ton site ! Je suis toujours aussi admiratif...

...
27.07 | 01:37

Merci cher(e) ???

...
Bonjour !
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