8. mai, 2015

Le droit d'aînesse....

Je suis arrivée bien plus tard, après mon frère.

Il était de beaucoup mon aîné. Presque neuf ans. Je me rendais encore à l’école maternelle quand il fréquentait le lycée. Il déclamait des vers en latin et en grec dans sa chambre, parfois durant toute la soirée.

Il était bon élève, m’enseignait l’art d’imaginer et de construire. Il adorait inventer. Mais n’aimait pas désobéir. Mes parents le disaient très raisonnable.

Il était scout et savait faire cuire des pâtes

Il était très sérieux, mais possédait un sens de l’humour très particulier.

Parfois, il partait très loin en vacances, au Danemark, au Sénégal,

ou dans les Pyrénées Orientales.

Il inventait des chansons burlesques.

Il revenait de Bruxelles avec des photos bizarres représentant des sphères reliées par des tubes en métal qu’on appelait l’ « Atomium ».

Il avait un correspondant allemand qui s’appelait Dieter et qui voulait devenir pasteur. Mais il ne jurait que par son ami Maurice, qu’on appelait Puma, c’était son totem scout. Puma habitait à Clichy La Garenne, il était encore plus âgé qu’Ariel, autant dire qu’il était un vieil homme. Il devait avoir dix-sept ans.

Il avait une passion pour les trains électriques, il y avait des rails partout chez lui, qui passaient sous les meubles, de la chambre à la cuisine. Il construisait des ponts en cartons.

Lorsqu’il venait à Asnières nous rendre visite, sa grosse voix d’homme résonnait dans le couloir. Son visage criblé d’acné faisait concurrence à celui d’Ariel, et de concert, ils se frictionnaient de lotion Antébor. Après, pendant deux jours flottait dans la salle de bain une odeur d’œuf pourri.