Mi memoras....

En Rhénanie, on était près de la France. Le trisaïeul de Papa avait parait-il combattu pour l’armée de Napoléon. C’était une famille juive non pratiquante comme on en trouvait beaucoup à cette époque sur les bords du Rhin, aux environs de Worms, non loin de Coblence. Mon grand père paternel, que l’on appelait Vati racontait souvent que le trisaïeul, qui s’appelait Max, comme lui, était un jour monté sur un tas de fumier et avait crié : « Vive la France ! ».Mais c’était tout ce que l’on connaissait de la France, car le train était réservé aux gens très riches, et s’appelait encore « chemin de fer » (« Eisenbahn »).

Ah, oui, on avait bien des cousins éloignés, très loin, côté Alsace, à Wissembourg, les frères Lévi, Théo et Lou-is. On parlait allemand de manière courante, ou plutôt ce dialecte rhénan, qui ressemblait au patois lorrain chuintant.

 

Mes grands-parents étaient négociants en vin, il y avait des vignobles le long du Rhin. Le vin était sucré, se consommait à l’apéritif, la vie était a peu près belle, on ne savait pas trop d’où l’on venait, mais on pensait aller quelque part. Les juifs de ces villages avaient pourtant une petite vie communautaire, une synagogue dans chaque village, qui siégeait modestement je l’imagine en face de l’église et du temple luthérien. Je l’imagine, parce que des synagogues, dans ces villages, il n’y en a plus, elles ont toutes été incendiées par les nazis.

 On peut voir une plaque commémorative devant l'entrée du cimetière d'Obermoschel:

"Qu'en ce lieu se prolonge un silence éternel..."

C’était la guerre d’Algérie. Mon père n’avait toujours pas la nationalité française. Il était réfugié apatride provenant d’Allemagne.

 Pour mettre fin au conflit et aux tortures, le Général de Gaulle avait crié dans le poste de télévision : « Je vous ai compris ! ».

Les concerts Colonne diffusaient souvent les voix de Christa Ludwig, Elisabeth Schwartzkopf, et pour moi, rien n’était plus beau que Winterreise de Schubert.

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Maman est née à Roman, Roumanie, dans une région qui est devenue autonome, la Moldavie.

Mes grands parents maternels étaient très pratiquants, et Grand- Père très superstitieux. Il avait peur des croix et ne supportait pas leur symbole. Il passait sa vie à prier et chanter des psaumes pour éviter sans doute d’être crucifié. La vue du drapeau suisse le mettait hors de lui.

 En Roumanie, il y avait une épicerie au fond de la cour avec devant un grand tonneau en bois rempli de cornichons vinaigrés. Les hivers moldaves étaient  très rudes. C’est tout ce dont se souvient Maman, qui en est partie à l’âge de trois ans.

Grand-père, religieux et sioniste, avait acheté un lopin de terre en Palestine, et les pogroms russes faisant rage, l’exil était programmé. Mais il n’a jamais retrouvé l’emplacement de ce terrain, et sur ses conseils, Grand-mère est partie en train avec les trois jeunes enfants à Paris rejoindre son frère Aaron, chirurgien-dentiste.

Grand-père les a rejoint peu de temps après.

 

Grand- mère et Grand- père habitaient au cinquième étage d’un immeuble un peu vétuste. Il fallait, pour leur rendre visite, traverser une cour grise .L’intérieur de l’appartement était sombre. Dans les escaliers, un avertissement : « Eau et gaz à tous les étages ».

 

 Grand-mère, les jeudis, nous accueillait souvent, Maman et moi, dans sa chambre. Elle souffrait du dos et devait rester couchée. Puis elle enfilait alors une robe de chambre aussi sombre que le reste de l’appartement, et allait dans un minuscule réduit qu’elle avait surnommé : « la cuisine », pour me verser un verre de jus de fruits. Elle s’asseyait ensuite dans un énorme fauteuil près de la fenêtre, dans une pièce qui n’avait pas de surnom, éclairée par un néon famélique. Sur un mur verdâtre  étaient affichés tous mes dessins ; je me souviens que l’un d’eux représentait un mouton avec des pattes de moineau.

 

Grand- père arrivait, les bras chargés de bonbons……Grand- mère lui reprochait de dépenser autant d’argent, mais Grand- père disait que pour les enfants, il fallait dépenser sans compter. Ensuite, il prenait un livre et fredonnait des psaumes. Il avait retiré son chapeau de feutre et portait une belle calotte noire bordée d’argent.

 

 

 

 

 

Je suis arrivée bien plus tard, après mon frère.

Il était de beaucoup mon aîné. Presque neuf ans. Je me rendais encore à l’école maternelle quand il fréquentait le lycée. Il déclamait des vers en latin et en grec dans sa chambre, parfois durant toute la soirée.

Il était bon élève, m’enseignait l’art d’imaginer et de construire. Il adorait inventer. Mais n’aimait pas désobéir. Mes parents le disaient très raisonnable.

Il était scout et savait faire cuire des pâtes

Il était très sérieux, mais possédait un sens de l’humour très particulier.

Parfois, il partait très loin en vacances, au Danemark, au Sénégal,

ou dans les Pyrénées Orientales.

Il inventait des chansons burlesques.

Il revenait de Bruxelles avec des photos bizarres représentant des sphères reliées par des tubes en métal qu’on appelait l’ « Atomium ».

Il avait un correspondant allemand qui s’appelait Dieter et qui voulait devenir pasteur. Mais il ne jurait que par son ami Maurice, qu’on appelait Puma, c’était son totem scout. Puma habitait à Clichy La Garenne, il était encore plus âgé qu’Ariel, autant dire qu’il était un vieil homme. Il devait avoir dix-sept ans.

Il avait une passion pour les trains électriques, il y avait des rails partout chez lui, qui passaient sous les meubles, de la chambre à la cuisine. Il construisait des ponts en cartons.

Lorsqu’il venait à Asnières nous rendre visite, sa grosse voix d’homme résonnait dans le couloir. Son visage criblé d’acné faisait concurrence à celui d’Ariel, et de concert, ils se frictionnaient de lotion Antébor. Après, pendant deux jours flottait dans la salle de bain une odeur d’œuf pourri.

 

Das Wandern, première mélodie du cycle de La Belle Meunière (Die schöne Müllerin). Poème de Wilhelm Müller, musique de Franz Schubert. Chanté par Hannes Wader.

Commentaires

21.03 | 12:49

Heureuse de découvrir votre site. Il me plaît.
Hilda Damman

...
11.08 | 16:48

Alors,alors..Pourquoi donc tous ces points d'interrogation?Qui donc peut bien être aussi admiratif???Ah oui, je crois avoir trouvé!

...
11.08 | 16:12

Et merci à toi pour les ajouts récents sur ton site ! Je suis toujours aussi admiratif...

...
27.07 | 01:37

Merci cher(e) ???

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Bonjour !
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