La nuit du 12 septembre...

...En Rhénanie....

 

Alors enceinte de celui qui plus tard devint mon père, ma grand- mère fit une chute dans un escalier de pierre, et ensuite, eut toute sa vie des douleurs dorsales effroyables. Après la naissance de mon père, elle se rendit dans une  clinique comme il en existait en Allemagne, où l’on payait très cher pour être dispensé de soins que l’on qualifiait de mystérieux. On vous servait des tisanes et un hébergement luxueux, après quoi les patients ne pouvaient plus se passer de ces tisanes, et à ce moment-là il fallait payer encore plus pour avoir droit aux injections. La formule de ces médecines était secrète, mais je sais maintenant qu’il s’agissait de Sister Morphine. Wim Wenders l’a très bien relaté dans un de ses films.

 

Elle devint addictive, comme on dit maintenant, à la morphine. Accro, quoi. Dépendante, comme on le disait pudiquement.

Elle confia alors l’éducation, le gîte et le couvert de ses deux très jeunes fils à sa sœur et son frère, qui vivaient ensemble à la distillerie du village voisin. L’austère et sévère Tante Frida, et le très réservé Onkel Fritz Brück. De la protection rapprochée, ils en eurent, mais jamais trop de tendresse ni d’affection, car c’étaient des garçons, destinés à devenir des hommes et les hommes ne doivent jamais pleurer. Mon futur papa était un enfant chétif, et souffrait d’un souffle au cœur.

 

 

En 1937, l’instruction était interdite aux juifs, ils n’allèrent plus à l’école et mon père était drôlement content. C’est à partir de ce moment-là, je crois, qu’une vie faite de paradoxes débuta pour lui. Il travailla dans les fermes voisines comme esclave pour la « race aryenne », mais cela ne dura pas longtemps, car en 1938, ils se replièrent à Zweibrücken chez un oncle qui habitait près de la voie d’un chemin de fer.

Le jour de ses quatorze ans, avec son jeune frère, ils sautèrent dans un train avec un passeur qui les mena à Paris, l’adresse de leurs parents, émigrés deux mois plus tôt, cousue dans l’ourlet de leur veste.

Ils arrivèrent dans le dix-neuvième arrondissement, chez leur père et si peu maternelle mère, qui dut se passer de morphine pendant toute la guerre.

 

 

Ma grand-mère se fit prescrire de la morphine après la guerre, et fut morphino-dépendante jusqu'à la fin de ses jours. Elle mourut dans les années soixante d’une cirrhose.

 

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Commentaires

21.03 | 12:49

Heureuse de découvrir votre site. Il me plaît.
Hilda Damman

...
11.08 | 16:48

Alors,alors..Pourquoi donc tous ces points d'interrogation?Qui donc peut bien être aussi admiratif???Ah oui, je crois avoir trouvé!

...
11.08 | 16:12

Et merci à toi pour les ajouts récents sur ton site ! Je suis toujours aussi admiratif...

...
27.07 | 01:37

Merci cher(e) ???

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