Les feuilles mortes.....

Edouard Manet: Le déjeuner sur l'herbe

Le dimanche, en famille, nous visitions le musée du Louvre. J’y découvrais Léonard de Vinci, Piero della Fresca, l’école italienne, et celle de Fontainebleau. Tout cela était beaucoup pour une journée….et je m’assoupissais dans l’autobus du retour. Au réveil, je craignais de ne pouvoir visiter le Louvre en entier. »

 « Il y avait aussi ces drôles de toiles de Manet : ‘Le déjeuner  sur l’herbe’, et                  ‘Madame Récamier’. Je les trouvais à la fois drôles et érotiques.

…..il était difficile de parler de la nudité des femmes .Quels étaient les critères des canons de la beauté à cette époque? Elles me plaisaient bien, ces femmes si rondes, pour qui les figurants du déjeuner sur l’herbe ne daignaient même pas jeter un œil ! »

 

« Durant la nuit, je rêvais du printemps de Botticelli, et de la Dame à la licorne. Je voulais être à nouveau à Delft, rencontrer la dentellière aux hanches si pulpeuses, les siècles, les paysages aussi, les villes qui s’entrechoquent, la Rome du Lorrain, la Jérusalem de Ruysdael, …..

Et la Dame à la licorne qui file la laine. »

La Liberté guidant le peuple. Delacroix

Une image, dans mon livre d’Histoire de France représentait : « La Liberté guidant le Peuple » (Ayant vu, très jeune, cette fresque immense du peintre Delacroix  au musée du Louvre, je pensais qu’ «ils » avaient copié dans mon livre d’histoire…). J’aimais la contempler chaque fois qu’une contrariété venait s’insérer dans ma vie d’enfant triste.     

 En mai 68, je regardais par la fenêtre le cortège d’une manifestation défiler et je cherchais si au premier rang j’allais apercevoir la Liberté guidant le Peuple, la poitrine à l’air et l’étendard au vent.

Je me suis aperçue qu’il n’y avait que des hommes, et je me demandais où étaient leurs femmes.

 

Puis nous allions à la campagne, et avec les fleurs multicolores, tout s’arrangeait, la vie avait de nouveau un goût agréable. Lorsque les fleurs étaient sur le point de se faner, je les ramassais et je les faisais sécher entre deux pages de mon livre d’histoire. Ainsi, la Liberté guidant le Peuple ressemblait à une grande Marguerite, et le képi du Général Abd- El- Kader était orné de petites violettes. Dans mon livre de littérature séchaient des pétales de Dahlia, et les myosotis faisaient un clin d’œil à Verlaine. »

 

octobre 68, rentrée des classes

 Tous les matins, entre 9 et 10 heures, je balbutie mes premiers mots d’anglais. Mademoiselle Faure, notre professeur, arrive et nous dit victorieusement :

 « - Good morning boys and girls ! »

Et nous devons répondre, en nous inclinant légèrement :

« - Good morning Teacher ! »

« - Sit down, please !

- I sit down ! »

 Nous nous asseyons sans bruit. Ma voisine se prénomme Annie, elle est très bavarde. Elle s’est rendue avec ses parents à la fête de l’ « huma », elle y a mangé de l’andouillette avec des frites, et c’était drôlement bien…..

De retour à la maison, je demande à mon père pourquoi nous n’allons pas à la fête de l’humanité. Le nom de cette fête me plait, mais il me répond que c’est parce que nous ne sommes pas communistes .

 Un soir au retour du cours de danse avec maman, nous avons trouvé deux squelettes assis dans les fauteuils du petit salon. Il y avait un squelette mâle à ma droite, deux orbites noires et de fines lèvres bleuies par le froid, qui restait prostré et regardait vivement un coin de plafond, l’air anxieux.

Il y avait un squelette femelle à ma gauche, qui nous parlait tout bas. Me reviennent en mémoire quelques mots qu’elle prononçait avec précautions : « Hôtel de Normandie, près de la gare Saint-Lazare, tranche de pâté dévoré à la hâte, merci, grand merci, chère cousine, pour votre affectueuse hospitalité…. ». Mais déjà, elle se moquait de cette lettre qu’ils avaient du écrire aux présupposés « vieux parents » de France pour pouvoir sortir de Roumanie.

Ensuite, nous sommes allés dans la cuisine, Père est arrivé, on a improvisé un dîner à base de sardines à l’huile, et les squelettes se sont régalés.

 Le lendemain soir, les petits plats étaient mis dans les grands, et les squelettes revinrent diner à la maison. Je les trouvais alors très élégants et renonçais dès ce jour à l’appellation de squelettes. Rodica m’offrit une poupée brune, qui immédiatement adopta son prénom que je trouvais original. Robert m’offrit un album de bandes dessinées, et grâce à lui, j’ai passé d’excellents moments  avec les aventures d’Arthur, le fantôme justicier, dans : « le départ des revenants ».

Ils habitèrent ensuite à  Paris, rue des bauches (ils disaient « rue des boches »). Ils achetèrent une voiture et de la nourriture, et devinrent  Citoyens Français.

 Mais ils nous parlaient très souvent de Staline et du communisme, comme d’une religion effroyable à laquelle il fallait se plier, ou au moins faire semblant, car sinon, on risquait la prison ou même la mort.

En mai 1968, ils ne croyaient pas à la liberté guidant le peuple, ils étaient épouvantés. Ils songeaient à s’expatrier de nouveau, au Canada. Mais ils ne le firent pas.

Ils habitèrent ensuite à Saint-Cloud, du côté du mont Valérien.

 Le lendemain, j’ai dit à Annie que je ne pourrai jamais aller à la fête de l’humanité, parce-que le communisme engendre des squelettes roumains qui sont condamnés à vivre dans une chambre d’hôtel près de la gare Saint-Lazare et manger une tranche de pâté. Annie s’est montrée sincèrement désolée pour les squelettes roumains, et a dit qu’elle va en parler à ses parents. Son père était chauffeur de taxi, sa mère secrétaire à la mairie ; à eux deux, ils trouveraient bien une solution…… Ils n’en trouvèrent pas, car elle n’a jamais osé leur en parler.

 

Gennevilliers, quartier des Agnettes. Dans la tour grise, les deux ascenseurs étaient en panne. La cage d’escalier sentait la soupe de légumes, avec une prédominante odeur de poireaux. Je gravissais les quatre étages du HLM de la rue Louis Denaux.

La grand-mère d’Annie s’appelait Mémé, et elle était sourde. Dans le petit appartement, on entendait tout ce que disaient les voisins. Je me disais que je pénétrais enfin dans un logement de communistes- qui- engendrent- des- squelettes.

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Ady Greenfeld | Réponse 22.06.2014 19.07

Bonjour Joelle,
Nous somme les cousins de Israel, en visit chez votre mere, Nous avons du plaisir de regarder votre site, Ady et Israel Greenfeld talgallery.com

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Commentaires

21.03 | 12:49

Heureuse de découvrir votre site. Il me plaît.
Hilda Damman

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11.08 | 16:48

Alors,alors..Pourquoi donc tous ces points d'interrogation?Qui donc peut bien être aussi admiratif???Ah oui, je crois avoir trouvé!

...
11.08 | 16:12

Et merci à toi pour les ajouts récents sur ton site ! Je suis toujours aussi admiratif...

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27.07 | 01:37

Merci cher(e) ???

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