22. nov., 2011

Souvenir

Je ne me séparais jamais de mon petit carnet de notes, j’y consignais tout ce qui, sur le moment, me paraissait important, comme si la mémoire risquait de me faire défaut : la couleur du ciel, des arbres, et aussi mes états d’âme, et cela me soulageait me semble-t-il. Depuis que j’ai pris la route, j’ai fait une pile de ces cahiers jusqu'à ce que je trouve un placard suffisamment hospitalier pour les y accueillir.

Trouvé dans l’un d’eux :

‘‘-Je devais être déjà morte, mais le plus surprenant pour moi était de me retrouver au paradis alors que je n’y croyais pas.

L’aube nous a surprises, enlacées, et je lui ai demandé comment on avait fait pour mourir sans s’en rendre compte. Elle m’a répondu que le trépas était incroyablement agréable. Que des flamants roses se promenaient près du lit et que l’on devait être à marée basse. Je ne voyais pas les oiseaux sur une patte, mais j’entendais au loin les goélands qui annonçaient la fin d’un rêve cristallin ; Je voyais enfin son abondante chevelure cendrée, Elle, ma parfaite, mon initiatrice !

Soudain, j’étais devenue une femme. Je n’osais plus bouger mon corps, de peur d’y effacer les traces de baisers.

Et Elle s’en est allée, comme elle était venue, lentement, en ayant pris soin de redevenir une femme peinte.

« Moi, je deviendrai une femme peintre. »’’