5. mars, 2012

1995, arrivée à Arras

Texture de l’exil, Mars 1999 huile sur toile.

 Quelques ébauches d’abord, un croquis dans le TGV, juste le temps d’en faire un, car le voyage a duré cinquante minutes. Retour  difficile à  Paris au soir dans le petit appartement si plein de chimères épouvantables.

Je n’avais jamais mis les pieds à Arras, chef lieu du  Pas- de Calais, mais j’ai tout de suite été happée par une sensation de Beffroi.

J’y suis arrivée dans un tourbillon de neige, l’hiver était rigoureux mais nous allions doucement vers l’été, le ciel bleu au dessus de l’église St Jean Baptiste.

Les mains glacées, la tête vide, et mon vieux diplôme au fond de mon sac, je suis arrivée dans une rue pavée, près de la Grand’Place.

 Il y avait là une jolie parfumerie immense, avec de la moquette rose tyrien, et des parfumeuses élégantes engoncées dans des tailleurs bleu-roi.

 Juste une petite gouache à mon retour…Pas de photo, évidemment. Ca ne fait rien, cette petite gouache trône encore sur la cheminée de la salle à manger.

 Je suis devenue casanière au moment où j’ai rencontré Patricia, grande voyageuse.Mon dos m’a alors fait souffrir ces années là, m’avertissant que mon corps prenait de l’âge et que ma scoliose rampait comme un coléoptère. Vie complémentaire avec Patricia, saisons des amours retrouvées, dix ans de vie salutaire faite de complicités, mais le bilan est tout de même douloureux : je ne pouvais plus la suivre dans ses pérégrinations. Pourtant, sensations de sororité toujours intacte. Nous ne nous étions pas, volontairement, inscrites dans l’éternité.

C’était la toile préférée de Patricia.