5. mars, 2012

La première fois.....

ARRAS, juillet 2007

Le crépuscule des vieux 

 

 C’est la première fois que me vient à l’esprit l’idée d’écrire de cette façon, assise, penchée sur un clavier, le regard rivé sur celui-ci, face à une page blanche verticale et fictive. Il faut dire que mine de rien, nous avons traversé le siècle, et ma vie de dinosaure bohême s’en trouve quelque peu changée. Comme l’écrivait l’ami Apollinaire :

« Mes amis m’ont enfin avoué leur mépris

Je buvais de grands verres d’étoiles »…

Bref, je gobais le ciel à pleines dents et gorge déployée, sans tenir compte des lendemains terrestres et des atterrissages difficiles. Alors voilà, ainsi j’atteins le demi siècle avec un texte lent mais sans ratures et un correcteur d’orthographe essentiellement utile pour la conjugaison des verbes du troisième groupe. Le seul inconvénient à cette méthode, c’est que l’usage du tabac est proscrit pendant l’écriture, afin de laisser un écran vierge de toute particule néfaste à la lecture ; Or, comme toute toxicomane qui se respecte, je vénère le Divin Tabac qui me fait perdre la tête et me donne l’illusion  d’être quelqu’une, sure d’elle. Pourtant, je sais bien que je ne m’en tirerai pas de la sorte, le cancer me guette, j’ai perdu dix kilos en quelques mois, « rien qu’en respirant » ; en fait, j’inhale la fumée. Peut être que si je m’arrêtais de fumer, j’aurais encore plus d’appétit si c’est possible, mais il me semble que la vie n’aurait pas de goût. C’est là tout le paradoxe.

 Tout ce temps pour ne réussir qu’à écrire ces quelques lignes….Ces nouvelles technologies me confortent dans un processus de lenteur qui m’est très cher.