50 ans....

L’amour est mort entre tes bras
Te souviens-tu de sa rencontre
Il est mort tu la referas
Il s’en revient à ta rencontre

Encore un printemps de passé
Je songe à ce qu’il eut de tendre
Adieu saison qui finissez
Vous nous reviendrez aussi tendre

Dans le crépuscule fané
Où plusieurs amours se bousculent
Ton souvenir gît enchaîné
Loin de nos ombres qui reculent

Ô mains qu’enchaîne la mémoire
Et brûlantes comme un bûcher
Où le dernier des phénix noire
Perfection vient se jucher

La chaîne s’use maille à maille
Ton souvenir riant de nous
S’enfuir l’entends-tu qui nous raille
Et je retombe à tes genoux

Tu n’as pas surpris mon secret
Déjà le cortège s’avance
Mais il nous reste le regret
De n’être pas de connivence

La rose flotte au fil de l’eau
Les masques ont passé par bandes
Il tremble en moi comme un grelot
Ce lourd secret que tu quémandes

Le soir tombe et dans le jardin
Elles racontent des histoires
À la nuit qui non sans dédain
Répand leurs chevelures noires

Petits enfants petits enfants
Vos ailes se sont envolées
Mais rose toi qui te défends
Perds tes odeurs inégalées

Car voici l’heure du larcin
De plumes de fleurs et de tresses
Cueillez le jet d’eau du bassin
Dont les roses sont les maîtresses

Tu descendais dans l’eau si claire
Je me noyais dans ton regard
Le soldat passe elle se penche
Se détourne et casse une branche

Tu flottes sur l’onde nocturne
La flamme est mon cœur renversé
Couleur de l’écaille du peigne
Que reflète l’eau qui te baigne

Ô ma jeunesse abandonnée
Comme une guirlande fanée
Voici que s’en vient la saison
Et des dédains et du soupçon

Le paysage est fait de toiles
Il coule un faux fleuve de sang
Et sous l’arbre fleuri d’étoiles
Un clown est l’unique passant

Un froid rayon poudroie et joue
Sur les décors et sur ta joue
Un coup de revolver un cri
Dans l’ombre un portrait a souri

La vitre du cadre est brisée
Un air qu’on ne peut définir
Hésite entre son et pensée
Entre avenir et souvenir

Ô ma jeunesse abandonnée
Comme une guirlande fanée
Voici que s’en vient la saison
Des regrets et de la raison

( "Poèmes à Lou")
Guillaume APOLLINAIRE

Texture de l’exil, Mars 1999 huile sur toile.

 Quelques ébauches d’abord, un croquis dans le TGV, juste le temps d’en faire un, car le voyage a duré cinquante minutes. Retour  difficile à  Paris au soir dans le petit appartement si plein de chimères épouvantables.

Je n’avais jamais mis les pieds à Arras, chef lieu du  Pas- de Calais, mais j’ai tout de suite été happée par une sensation de Beffroi.

J’y suis arrivée dans un tourbillon de neige, l’hiver était rigoureux mais nous allions doucement vers l’été, le ciel bleu au dessus de l’église St Jean Baptiste.

Les mains glacées, la tête vide, et mon vieux diplôme au fond de mon sac, je suis arrivée dans une rue pavée, près de la Grand’Place.

 Il y avait là une jolie parfumerie immense, avec de la moquette rose tyrien, et des parfumeuses élégantes engoncées dans des tailleurs bleu-roi.

 Juste une petite gouache à mon retour…Pas de photo, évidemment. Ca ne fait rien, cette petite gouache trône encore sur la cheminée de la salle à manger.

 Je suis devenue casanière au moment où j’ai rencontré Patricia, grande voyageuse.Mon dos m’a alors fait souffrir ces années là, m’avertissant que mon corps prenait de l’âge et que ma scoliose rampait comme un coléoptère. Vie complémentaire avec Patricia, saisons des amours retrouvées, dix ans de vie salutaire faite de complicités, mais le bilan est tout de même douloureux : je ne pouvais plus la suivre dans ses pérégrinations. Pourtant, sensations de sororité toujours intacte. Nous ne nous étions pas, volontairement, inscrites dans l’éternité.

C’était la toile préférée de Patricia.

Février 1990 :

A la hâte, je m’étais trouvé un petit logement dans le douzième arrondissement près de rien du tout. Isolé de tout, du confort, des arbres, de la culture, de la vie. Il régnait dans l’appartement une atmosphère de malaise indéfinissable. Le lustre se déplaçait le long du plafond. Tout y était sordide. Les chats se réfugiaient souvent en haut de l’armoire. Les W.C. à broyeur électrique étaient souvent bouchés, et il fallait aller sur le palier. Tout était vieux, sans charme, et menaçait de s’écrouler. C’est dans cette ambiance lugubre qu’un soir d’hiver, j’ai accueilli ma pauvre Josèphe qui revenait d’une de ses séances de méditation le ventre vide. Elle ne put rester plus d’une heure. Le lieu lui faisait peur. Je la raccompagnais à Montparnasse en la serrant très fort dans mes bras.

Loin de Montparnasse, j’étais dans un pauvre trou….

ARRAS, juillet 2007

Le crépuscule des vieux 

 

 C’est la première fois que me vient à l’esprit l’idée d’écrire de cette façon, assise, penchée sur un clavier, le regard rivé sur celui-ci, face à une page blanche verticale et fictive. Il faut dire que mine de rien, nous avons traversé le siècle, et ma vie de dinosaure bohême s’en trouve quelque peu changée. Comme l’écrivait l’ami Apollinaire :

« Mes amis m’ont enfin avoué leur mépris

Je buvais de grands verres d’étoiles »…

Bref, je gobais le ciel à pleines dents et gorge déployée, sans tenir compte des lendemains terrestres et des atterrissages difficiles. Alors voilà, ainsi j’atteins le demi siècle avec un texte lent mais sans ratures et un correcteur d’orthographe essentiellement utile pour la conjugaison des verbes du troisième groupe. Le seul inconvénient à cette méthode, c’est que l’usage du tabac est proscrit pendant l’écriture, afin de laisser un écran vierge de toute particule néfaste à la lecture ; Or, comme toute toxicomane qui se respecte, je vénère le Divin Tabac qui me fait perdre la tête et me donne l’illusion  d’être quelqu’une, sure d’elle. Pourtant, je sais bien que je ne m’en tirerai pas de la sorte, le cancer me guette, j’ai perdu dix kilos en quelques mois, « rien qu’en respirant » ; en fait, j’inhale la fumée. Peut être que si je m’arrêtais de fumer, j’aurais encore plus d’appétit si c’est possible, mais il me semble que la vie n’aurait pas de goût. C’est là tout le paradoxe.

 Tout ce temps pour ne réussir qu’à écrire ces quelques lignes….Ces nouvelles technologies me confortent dans un processus de lenteur qui m’est très cher.

Commentaires

21.03 | 12:49

Heureuse de découvrir votre site. Il me plaît.
Hilda Damman

...
11.08 | 16:48

Alors,alors..Pourquoi donc tous ces points d'interrogation?Qui donc peut bien être aussi admiratif???Ah oui, je crois avoir trouvé!

...
11.08 | 16:12

Et merci à toi pour les ajouts récents sur ton site ! Je suis toujours aussi admiratif...

...
27.07 | 01:37

Merci cher(e) ???

...
Bonjour !
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